Imaginez deux cartons exactement de la même taille. Le premier est rempli d'oreillers : il pèse 2 kg. Le second est rempli de livres : il pèse 20 kg.

Question : le transporteur va-t-il facturer le carton d'oreillers 2 kg ?

Non. Il va le facturer 14,4 kg. Plus de 7 fois son poids réel.

La raison tient en deux mots : le poids volumétrique. Et si vous expédiez des colis tous les jours, il vous coûte probablement des milliers d'euros par an… sans que vous le voyiez.

Dans cet article, on vous explique simplement ce que c'est, pourquoi c'est un vrai sujet financier, et les 3 solutions pour arrêter de payer du vide.

Le poids volumétrique, c'est quoi ?

Commençons par le camion.

Un camion a une place limitée : une fois sa remorque remplie, il ne peut plus rien charger. Et le transporteur paie le même chauffeur, le même carburant et les mêmes péages, qu'il transporte des oreillers ou des livres.

Deux cartons de même taille, l'un rempli d'oreillers (2 kg), l'autre de livres (20 kg), occupent chacun une place identique dans la remorque d'un camion.
Même taille, même place dans le camion : pour le transporteur, ces deux cartons prennent autant de place l'un que l'autre.

Le problème ? Un camion rempli d'oreillers est plein… mais il ne pèse presque rien. Si le transporteur ne facturait que les kilos, il perdrait de l'argent sur tous les colis légers et encombrants.

Alors il a trouvé une parade : il transforme la place occupée par votre colis en kilos. C'est ça, le poids volumétrique.

👉 Le poids volumétrique, c'est la place que prend votre colis, convertie en kilos.

Comment le calcule-t-on ?

Une multiplication, puis une division :

Poids volumétrique (kg) = Longueur × largeur × hauteur (en cm) ÷ coefficient

Le coefficient est fixé par le transporteur. En transport routier (messagerie), on retrouve très souvent 5 000.

Reprenons notre carton d'oreillers de 60 × 40 × 30 cm :

  • On mesure la place : 60 × 40 × 30 = 72 000 cm³
  • On divise par le coefficient : 72 000 ÷ 5 000 = 14,4 kg
  • Sur la balance, le carton pèse : 2 kg
Calcul du poids volumétrique d'un carton de 60 × 40 × 30 cm : 72 000 cm³ divisés par 5 000 donnent 14,4 kg, facturés à la place du poids réel de 2 kg.
Le transporteur calcule le poids volumétrique… puis facture le plus élevé des deux poids.

La règle d'or : on paie toujours le plus élevé des deux

Le transporteur compare toujours deux chiffres :

  • le poids réel, celui de la balance ;
  • le poids volumétrique, celui de la place.

Et il facture le plus élevé.

Notre carton d'oreillers est donc facturé 14,4 kg, alors qu'il pèse 2 kg. Le carton de livres, lui, pèse 20 kg : c'est plus que ses 14,4 kg volumétriques, il est facturé 20 kg. Pour lui, pas de mauvaise surprise.

À retenir : plus un colis est léger et encombrant, plus le poids volumétrique pèse sur la facture.

Le coefficient dépend du mode de transport

Mode de transportCoefficient courant1 m³ compte au moins pour…
Routier / messagerie5 000 (variable selon le contrat)200 kg
Aérien6 000167 kg
Ferroviaire3 000333 kg
Maritime (groupage)1 0001 000 kg

Le bon coefficient est celui écrit dans votre contrat ou votre grille tarifaire. Vérifiez-le : il varie d'un transporteur à l'autre (certains appliquent 4 000, soit 250 kg par m³).

Faites le test avec vos propres cartons :

Calculateur de poids volumétrique

Entrez les dimensions et le poids de votre colis : vous voyez tout de suite le poids que le transporteur va facturer.


Poids réel
Poids volumétrique
Poids facturé
Poids réel
Poids volumétrique
Altarum — outil de diagnostic transport

Le vrai problème : vous payez pour transporter du vide

Dans la distribution B2B, vous n'expédiez sans doute pas des oreillers. Mais vous avez peut-être le même problème sans le savoir : du vide dans vos cartons.

Un carton trop grand pour ce qu'il contient, c'est de l'espace vide. Cet espace, le camion le transporte. Et vous le payez, au même prix que de la marchandise.

Carton ouvert rempli à moitié : la moitié supérieure, vide, est hachurée en rouge. Facturé 19,2 kg dont 9,6 kg de vide ; 2 € de trop par colis représentent 17 600 € par an.
Un carton rempli à moitié est facturé comme un carton plein.

Pourquoi personne ne le voit ?

  • Le vide est caché : il est à l'intérieur du carton, souvent comblé avec du papier ou du calage.
  • Il n'apparaît sur aucun bon de préparation.
  • Il se noie dans la facture du transporteur, mélangé à tout le reste.

Dans l'exemple ci-dessus, le carton est facturé 19,2 kg. À la bonne hauteur, il serait facturé 9,6 kg. Selon les grilles tarifaires, un tel écart représente vite quelques euros par colis. Prenons 2 € :

2 € de trop par colis × 40 colis par jour × 220 jours = 17 600 € par an

17 600 € par an. Pour transporter du vide. Quelques euros par colis, ça paraît peu. Mais le vide voyage avec chaque colis, tous les jours, toute l'année.

Combien de vide payez-vous ? Mesurez-le

Bonne nouvelle : un indicateur très simple suffit pour savoir où vous en êtes.

Ratio = poids réel expédié ÷ poids facturé par le transporteur

Traduction : sur 100 kg payés, combien sont de vrais kilos de marchandise ?

  • Ratio de 1 : vous ne payez que de la marchandise. Parfait.
  • Ratio de 0,75 : sur 100 kg payés, 25 kg sont de la place, souvent du vide.
  • Ratio de 0,5 : la moitié de votre facture transport paie de la place.

Ces deux chiffres se trouvent sur vos factures transporteur. Suivez ce ratio par transporteur, par type d'envoi (colis, palette) et dans le temps, pour mesurer l'effet de vos actions.

Impact coût du poids volumétrique

Comparez les kilos que vous expédiez vraiment aux kilos que le transporteur vous facture. L’écart, c’est de la place payée… souvent du vide.

Ratio poids réel ÷ poids facturé
00,600,851
Vrais kilos de marchandiseKilos payés pour de la place
Kilos payés pour de la place
Surcoût sur la période
Soit, sur un an
Altarum — outil de diagnostic transport

Les 3 causes du vide… et comment les supprimer

Cause n°1 : un seul format de carton pour tout

Le problème. Beaucoup d'entrepôts n'utilisent qu'un seul carton « standard », assez haut pour tout faire rentrer. C'est pratique. Mais dès que la commande est plus petite que le carton, il reste du vide au-dessus. Et ce vide voyage à chaque envoi.

Trois commandes dans le même grand carton laissent du vide rouge au-dessus des produits (57,6 kg facturés) ; avec trois tailles de cartons S, M et L, le vide disparaît (38,4 kg facturés, soit −33 %).
Mêmes commandes, mêmes produits : avec 3 tailles de cartons, le poids facturé baisse d'un tiers.

La solution : proposer plusieurs tailles de cartons, surtout plusieurs hauteurs. Le préparateur choisit le carton le plus proche de la taille de la commande.

  • 3 à 5 formats suffisent en général à couvrir l'essentiel des commandes.
  • Donnez une règle simple au poste d'emballage, par exemple : « jusqu'à 15 cm de haut → carton S ».
  • Choisissez des formats qui « tombent juste » sur une palette (on en reparle plus bas).

Sur notre exemple : pour les mêmes 3 commandes, on passe de 57,6 kg facturés à 38,4 kg. −33 %.

Cause n°2 : des objets de tailles trop différentes dans le même carton

Le problème. Une commande contient un objet long et plusieurs petits objets. Pour tout mettre ensemble, il faut un carton assez long pour le grand… donc beaucoup trop grand pour les petits. Tout l'espace autour est du vide.

Un objet long et quatre petits objets dans un seul grand carton rempli de vide (18 kg facturés), puis séparés dans deux cartons ajustés (6,5 kg facturés, soit −64 %).
Séparer l'objet long des petits : deux cartons ajustés au lieu d'un grand carton plein de vide.

La solution : séparer les objets trop différents et faire plusieurs cartons au lieu d'un seul. Chaque carton est alors ajusté à ce qu'il contient.

Sur notre exemple : un carton de 100 × 30 × 30 cm est facturé 18 kg. Deux cartons ajustés (100 × 12 × 12 cm et 30 × 30 × 20 cm) sont facturés 2,9 + 3,6 = 6,5 kg. −64 %.

Deux précautions :

  • Chaque colis a un prix de base. Faites le calcul avec votre grille : quand l'écart de volume est important, deux petits colis coûtent moins cher qu'un grand carton rempli de vide.
  • Repérez à l'avance, dans votre liste de produits, les articles « hors gabarit » (longs, plats, volumineux) : ce sont eux qui créent le vide.

Cause n°3 : des cartons qui n'ont pas été pensés pour s'emboîter

Le problème. Certains produits ont une forme compliquée. Prenez une chaise : un dossier, une assise, des pieds. Dans un carton rectangulaire classique, il reste un gros vide au-dessus de l'assise, devant le dossier. Et quand on aligne ces cartons, le même vide se répète dans chacun d'eux.

Deux chaises dans des cartons rectangulaires laissent un grand vide rouge au-dessus de l'assise (94 cm de large) ; dans des cartons en forme de L, dont un sur deux est retourné, elles s'emboîtent (57 cm de large, soit −39 % de place).
Un carton qui suit la forme de la chaise, et qui s'emboîte avec le carton voisin : près de 40 % de place en moins.

La solution : créer dès le départ le bon carton, en réfléchissant à deux choses en même temps :

  1. L'objet : le carton doit épouser la forme du produit, sans vide inutile… mais en laissant assez de place pour pouvoir le mettre dedans facilement. Un carton trop serré, c'est un produit impossible à emballer, ou abîmé.
  2. L'emboîtement : le carton doit être dessiné pour s'emboîter avec le suivant. Dans notre exemple, le carton a une forme de « L » qui suit la silhouette de la chaise. En retournant un carton sur deux, les deux « L » s'emboîtent et forment un bloc compact.

Résultat : 2 chaises prennent 57 cm de large au lieu de 94 cm. Près de 40 % de place en moins dans le camion.

C'est la solution qui demande le plus de réflexion, idéalement avec votre fournisseur d'emballages et dès la conception du produit. C'est aussi celle qui fait le plus gagner sur les produits de forme complexe.

Bonus : sur la palette, le vide se multiplie

Le vide ne s'arrête pas au carton. Des cartons mal dimensionnés, c'est aussi une palette mal remplie : des trous sur les côtés, de la hauteur perdue… et parfois une palette de plus dans le camion.

Deux palettes Europe de même hauteur maximale : avec des cartons de 50 × 35 × 40 cm, du vide rouge sur le côté et au-dessus (56 % de remplissage) ; avec des cartons de 40 × 30 × 26 cm, la palette est pleine (100 %).
Même palette, même hauteur maximale : 56 % de remplissage d'un côté, 100 % de l'autre.

Le format de référence est la palette Europe (120 × 80 cm), avec une hauteur maximale souvent comprise entre 1,56 m et 1,80 m selon le transporteur et le client. Des cartons dont les dimensions « tombent juste » sur 120 × 80 cm, par exemple 40 × 30 cm ou 60 × 40 cm, remplissent la palette sans trou.

Testez vos cartons sur une palette :

Simulateur de chargement de palette

Combien de cartons tiennent sur une palette, et combien de place reste vide ? Testez avant d’expédier.

Palette
Carton
Vue de dessus — 1 couche
Vue de côté — hauteur
Cartons / couche
Nombre de couches
Total cartons / palette
Poids des cartons
Taux de remplissage de la palette
Altarum — outil de diagnostic supply chain

Ce qu'il faut retenir

Récapitulatif : la règle de calcul du poids volumétrique, les trois solutions (plusieurs tailles de cartons, séparer les objets trop différents, concevoir le bon carton dès le départ) et l'indicateur poids réel ÷ poids facturé.
Une règle, trois solutions, un indicateur.
  • Le poids volumétrique, c'est la place de votre colis convertie en kilos : longueur × largeur × hauteur ÷ coefficient.
  • Le transporteur facture toujours le plus élevé entre le poids réel et le poids volumétrique.
  • Le vide dans vos cartons se paie au prix de la marchandise : quelques euros par colis, des milliers d'euros par an.
  • 3 solutions : plusieurs tailles de cartons, séparer les objets trop différents, concevoir dès le départ des cartons qui épousent le produit et s'emboîtent.
  • Un indicateur pour piloter : poids réel ÷ poids facturé. Plus il est proche de 1, moins vous payez de vide.

À retenir : un carton, c'est un détail. Multiplié par des milliers d'envois, c'est une vraie ligne de votre compte de résultat.

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